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[Interview] Axel Ménès – SWISH

Axel Ménès est le co-gérant du magasin Swish situé  rue de Longchamp à Paris dans le XVIième.  Il m’a très gentiment accueilli à son domicile  pour répondre à quelques questions

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French Sneakerhead : Swish est un sneakers shop situé à Paris dans le seizième arrondissement non loin du trocadéro, c’est le seul magasin où l’on peut voir de façon permanente la Nike Mag. Première question : D’où vient l’idée du shop? Le nom? L’emplacement ?

Axel : Alors l’emplacement c’était volontaire, on voulait être éloigné des autres grosses enseignes  , ce qui était logique en termes de commerce. Après, pour le nom , on trouvait que Swish était une onomatopée liée au basket. Avec l’ouverture du compte Jordan Swish – Swoosh avec Nike tout ceci concordait ,  donc, on a trouvé que c’était  pas mal pour le lancement. Alors  après , l’idée d’un magasin vient du fait que j’ai toujours été passionné de baskets dans le sens où je suis basketteur depuis que j’ai 6 ans, j’ai fait 15 ans de championnat. J’ai utilisé les baskets dans un but sportif, j’ai porté énormément  d’intérêt aux technologies, à la différence des modèles par rapport aux besoins du jour. Un joueur de 100 kilos n’a pas besoin de la même paire qu’un meneur qui fais 65 kilos qui court dans tout les sens ,  il aura  besoin d’une pompe plus basse qui lui maintient le pied et non la cheville , par rapport à un pivot ,c’est très différent. Donc,  voilà, j’ai toujours été plus ou moins  passionné par l’innovation sur les chaussures. Quand tu vois qu’au départ, t’avais les Converses , maintenant on a les Hyperdunk, le Zoom, le Flywire, le Hyperposite enfin toutes ces technologies qui sont selon moi  ,sont révolutionnaires, c’est juste hyper intéressant et c’est pour cette raison que j’ai voulu ouvrir un magasin, pour pouvoir vendre cela  au gens.

French Sneakerhead : Comme tu l’as dis, la plupart des magasins parisiens de Sneakers sont concentrés vers Châtelet et les alentours, le fait de se trouver en dehors de cette zone, qu’est-ce que cela fait ?

Axel : Cela permet de faire découvrir aux gens quelque chose qu’ils ne connaissent pas du tout en fait. C’est ça que j’ai aimé au début de mon magasin. T’ arrives dans un quartier où les gens ne sont pas du tout documentés sur la chaussures comme tu peux l’être à Châtelet où , là ,  pour le coup ,  dans chaque rue , t’as un sneakers shop. Je remonte en arrière, mais  tu leurs  dis une Shox qu’est-ce que c’est? Ils te disent que c’est un truc qu’ils ont vu mais ils ne savent absolument pas à quoi peut servir le truc. Donc du coup voilà ,  ça permet de montrer à des gamins, des personnes tels que des anciens qui ont eu des paires quand ils étaient jeunes et qui peuvent désormais les obtenir , enfin voilà c’était aussi dans ce but là.

French Sneakerhead : Comme je l’ai dit  précédemment, tu as la Nike Mag dans le magasin. D’après mes recherches, c’est la seule paire vendue en France. Raconte-moi un peu cette vente aux enchères.

Axel : Alors en gros, on a été invité par Nike à la vente ,  suite à l’ouverture de notre compte chez eux. Quand on est arrivé sur place, mon père et moi avons pris la décision de participer à l’évènement. On s’est dit que même si les prix sont astronomiques dans les autres pays, on peut quand même tenter notre chance, on ne  sait jamais. Mais personnellement , j’étais convaincu qu’on allait repartir bredouille, j’en étais persuadé. L’enchère commence, on voit beaucoup de personnes enchérir, ça monte très vite à 2000, 3000, 4000€ et là , pour la première fois de l’enchère , mon père lève la main, ça doit être un peu son sens du poker , savoir se montrer  patient. Donc , du coup , lorsqu’ il a levé la main, j’ai l’impression que ça a déchauffé  quelques mecs qui arrêtaient pas de lever la main toute les 10 secondes et , du coup,  il n’y avait ensuite plus que 3 personnes , c’est à dire, mon père, une autre personne et une troisième. Arrivé à 5000€ ,  il ne restait que mon père et une autre personne , puis celle-ci  s’est retirée, 5100€ on a remporté la chaussure.  Donc je vais être clair, c’est un coup de pot monumental.  On aurait jamais dû gagner cette chaussure à un prix comme ça.

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French Sneakerhead : Y-a t’il des gens qui viennent jusqu’à Swish pour voir la paire?

Axel : Plus aujourd’hui. Quand il y a eu le fameux 21 octobre 2015  (date à laquelle la paire apparait dans le film retour vers le futur 2), les gens sont passés au magasin parce qu’ils voulaient la regarder  mais sinon  , c’était surtout les 2 premières années que , vraiment ,  la chaussure créait du flux, les gens rentraient dans le magasin juste pour voir ça . Après les gens s’y habituent puis Nike sort tellement de modèles, même Asics, Adidas, les collaborations ,  tout ça, c’est normal que les gens pensent à autres choses.

French Sneakerhead : Le marché de la Sneakers est en train de grandir avec l’arrivée de neo-sneakerhead  qui s’intéressent plus à la hype d’une paire qu’à la culture  qu’on peu trouver autour, c’est quoi ton avis par rapport à ça?

Axel : En toute honnêteté, je suis assez déçu. On remonte au début des années 2000, les gens étaient passionnées par la sneakers et par son histoire , c’est à dire qu’il y avait des gens qui achetaient des paires par rapport à l’histoire de la paire. Les gens ,lorsqu’ils se procuraient cette paire là,  je ne  donne pas d’exemple précis, mais ils  étaient contents, ils étaient heureux  , c’est à dire que, les mecs  , quand ils sortaient des magasins avec leur paires ,  ils s’applaudissaient entre eux, ils étaient heureux, c’était un moment sympa. Les camps , c’étaient des moments sympas, les mecs rigolaient toute la nuit, ok , c’est dur d’être dehors , mais quand t’es avec tes potes et tout  , c’est direct plus sympa. Il n’ y avait pas de bagarres , de coup de couteaux , de truc comme on peut entendre aujourd’hui , parce qu’aujourd’hui, au delà du neo sneakerhead  qui veut vraiment la hype et tout ça, hormis la hype ?  ce qui tue le marché de la sneakers, c’est le resell  parce que ça rend les gens fous . Le gamin qui, comme tu dis, rentre dans la sneakers depuis 2 ans, va vouloir sa paire de Yeezyil ne  sait pas forcement que s’il va au magasin  , on va lui dire : “écoute , on en a pas , c’est parti par tirage au sort” etc, bien entendu au premier tirage au sort , il ne l’aura pas, il va la demander à un indépendant, à un resellers et il va lui balancer 1200€. Le gamin , il prend la haine. Il se dit qu’il  ne l’aura jamais et voilà et du coup  pour moi ,ça tue le cachet de la basket, tu vois, le truc sympa  ,il a complétement disparu aujourd’hui. Aujourd’hui une paire se vend juste pour le prix qu’elle va pouvoir se revendre. Je vois aujourd’hui des mecs qui proposent des trades (échange) pour récupérer des Adidas Yeezy, les mecs , ils tradent des 7 BIN, des 5 BIN, des 2 premio, mais des trucs que moi , j’aurais garder jusqu’à ma mort, vraiment. Et les mecs ils tradent ça contre des Adidas qui ne sont même pas limitées en soit car ils fabriquent 80000 paires. Après , c’est les marques qui créent le concept de ça, qui surfent sur le marketing, sur internet, sur tout les réseaux sociaux pour pouvoir vendre leurs  produits . On peut même pas dire que ça fonctionne, ça cartonne ! Mais du coup, il faut qu’ils fassent gaffe à ne pas aller plus vite que la musique parce que ,  les gens ,  à un moment donné,  se retrouvent saoulés de toute ça. Je pense qu’ils devraient être plus malins vis à vis de ça.

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French Sneakerhead : Actuellement, on est en plein dans ce qu’on appelle la Yeezy Season (période pendant laquelle une paire de Yeezy sort). Au niveau culturel, les paires n’apportent pas grand chose au final…

Axel :  Nan je ne trouve pas. Après pour Adidas , c’est quelque chose dans le sens ou c’est leur deux technologies phares , en tout cas je parle pour la Yeezy Boost 350, en l’occurrence en Primknit et la semelle Boost qui sont clairement aujourd’hui leur technologie de pointe. On voit Damian Lillard (joueur NBA dans l’équipe des Trails Blazzers de Portland) , sa chaussure, c’est un upper en Primknit avec une semelle boost. Après  , l’autre à un coté plus design. Je ne  dis pas que ces paires n’ont pas d’histoire, je suis pas fan mais il y a quand même un truc. Elles sont quand même bien foutues ses paires, elles sont bien dessinées ,  etc. Il y a certains mecs quand ils les portent ,  ça à quand même une sacrée gueule je trouve ,  après voilà ,  il ne faut pas être borné. Maintenant je trouve que la manière dont c’est distribué, je trouve ça honteux.

French Sneakerhead : La culture est-elle essentielle  dans le monde de la basket?

Axel : Pour qu’elle perdure  , oui  , selon  moi. Regarde, on est 30 ans après les débuts des Jordan. Aujourd’hui je te ramène une Bred  de 1985, t’inquiète pas que toutes tes Yeezy  , tu vas les mettre à la poubelle, tu vas prendre la Bred. Et pourquoi? Parce que c’est LA paire que Michael Jordan portait en 85, tu vois le délire? Alors qu’à mon avis  , il y aura rarement ce genre d’histoire sur les Yeezy, parce que ça vient d’un chanteur, c’est un artiste et c’est aussi ça la grosse différence. L’histoire d’une paire  ,en règle  générale  , c’est par rapport à un athlète. Tu vois la Rod Laver  de chez Adidas, la Stan Smith c’était pour le joueur de tennis, la Trainer  c’était McEnroe, la Tech Challenge c’était Agassi. On a aussi Tiger Woods, LeBron James, Michael Jordan, Kobe et j’en passe mais à la base ,  une basket  , c’est fait pour faire du sport, pour un athlète, par pour un mec qui danse sur une scène. Donc ouais, pour moi , c’est essentielle ,  la culture d’une basket. Les histoires que Nike a raconté sur les LeBron ou sur les Kobe , dans 20 ans  , les gens s’en souviendront car ils verront dans 20 ans que LeBron et Kobe était pas juste des grands joueurs, c’était de très grands joueurs.

French Sneakerhead : Justement, la Air Jordan est une paire qui a été créée  il y a maintenant 30 ans, il nous arrive encore aujourd’hui de camper pour avoir notre paire de Jordan. Est-ce que tu penses que dans 30 ans , on sera en train de camper devant un magasin pour notre réédition de Kobe ou de LeBron?

Axel : Bien sur. C’est  déjà le cas ,  même aujourd’hui , je vais te donner un exemple , mais , vraiment  , flagrant. T’es d’accord avec moi que la chaussure de basket , ça a pris  un gros coup de moins  bien ? (j’approuve) On est d’accord. Mais il y a quand même des paires qui ont su transpercer tout ces codes là et rester au top du top  , quoiqu’il arrive. Je parle de la Kobe 6 Barca, je parle de la LeBron 8 Miami Night, de la LeBron 8 South Beach. Mais ces coloris là ont rendu ces modèles populaires. Aujourd’hui ressortent tout les coloris que Nike a créé  , de la Kobe 6 à l’année de la Kobe 6, tu verras qu’ils vont tous être sold-out le premier jour.  Car les gens se diront “Putain  ,mais en vrai , c’était un truc de ouf,  ce truc là”. Le design, l’espèce de peau de serpent, parce qu’à l’époque , les gars se disaient “c’est du plastique” mais c’est l’évolution de la chaussure qui est comme ça, le cuir , c’est arriéré, pour une basket performance aujourd’hui. Après j’avoue , c’est magnifique une paire en cuir , c’est toujours plus joli . Maintenant voilà  ,la technologie, elle est là. Aujourd’hui, quand les mecs mettent une paire de Flyknit ou une paire de baskets bien performante , forcement t’es mieux que dans une paire de Jordan 1. J’adore cette paire mais ,voilà, il faut être logique. Donc ,oui, je pense que quand il y aura des retros Kobe, des retros LeBron, je pense que les gens vont être vachement surpris. Et ils vont refaire la South Beach, et ils vont refaire tout ça et ça va être un boxon incroyable. Ou alors ils veulent préserver le mythe et le cachet de ces paires là et refaire de nouveaux coloris qui , je pense, pour moi, est une erreur. Ressortir le coloris que le joueur avait c’est, pour moi, la base.

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French Sneakerhead : Pour finir, j’ai vu sur le compte Instagram du magasin qu’ il y a des beaux noms du Football qui sont passés par le magasin, est-ce qu’être le fils de Pierre Ménès   ça a une influence pour le shop?

Axel : Ca peut être un gros avantage comme ça peut être un inconvenant. C’est à dire que, oui ,voilà, ça permet d’avoir des joueurs ,voire des personnalités en tous genres et ça , c’est assez sympa même si personnellement , ça ne change pas ma journée,  mais bon , c’est toujours cool. Après , je suis davantage  content quand mon père passe me voir. Ce me procure  plus plaisir de voir mon père plutôt que Thiago Motta. Maintenant ouais, pour avoir le compte Nike ,  ça nous a aidé , je vais être honnête, ça nous a foutu un sacré coup de pouce, des fois , lorsqu’on on a quelque chose à partager ,  on a quand même sa vitrine.  Les gens savent que je suis son fils. Dans la tête de certaines personnes ,  ça doit être quelque chose de bien, dans la tête de certaines autres  , ça doit être quelque chose de très mauvais , parce que mon père est , soit adoré, soit détesté, alors ok , moi je suis son fils ,mais voilà , j’ai ma vie, j’ai mon caractère, être associé à lui que ce soit positivement ou négativement , ce n’est pas que je  ne l’accepte pas ou que je l’apprécie , mais n’empêche que ne c’est pas moi. Je préfère que les gens se fassent leur propre avis . C’est plus un avantage qu’un inconvénient , maintenant je ne me sers pas de ça pour avancer  ,que ce soit dans mon magasin ou dans ma vie en règle générale.

 

Encore un grand remerciement à Axel de m’avoir accueilli chez lui et pour m’avoir accordé  du temps. Je vous laisse regarder , la page Facebook, le compte Twitter ou le compte Instagram du magasin, ou, pour les parisiens,  vous rendre directement au 87 Rue de Longchamp à Paris dans le 16ième.