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Interview Tex Lacroix

Interview issue d’un enregistrement audio, capturé à Paris le 23 janvier 2016.

French – Sneakerhead : Bonjour, merci de m’accorder un peu de temps pour cette interview. Tu es Christophe Lacroix, plus connu sous le nom de Tex Lacroix mais aussi sous le nom d’Uncle Tex pour ta partie DJ. Tu es reponsable marketing et communication de la marque Wrung. Tu as travaillé avec des grands noms dans le domaine de la musique comme MTV ou Def Jam. Tu fais partie des pionniers de la sneakers culture en France car tu étais un des premiers à ramener ce phénomène en France, c’est-à-dire porter des chaussures de sport pour ne pas faire de sport. Tu l’a déjà dit dans une interview, ta mère te disais que tu devais arrêter de mettre des chaussures de sports tout le temps car « le jour où tu devras mettre des chaussures de ville ton pied n’aura pas l’habitude. »

Tex Lacroix : Et du coup je n’est jamais mis de chaussures de ville pour aller bosser.

French-Sneakerhead : Es-tu nostalgique de cette époque où tout a commencé ?

Tex Lacroix : T’es toujours nostalgique d’avant mais bon c’est comme tout. Je suis pas dans le délire de « c’était mieux avant » , oui c’était mieux avant mais il y a plein de trucs qui étaient moins bien aussi. Je suis nostalgique de certains trucs mais aujourd’hui il y a pleins de trucs qui te facilitent la vie. Chaque époque a ses avantages et ses inconvenients. Avant c’était avant, on n’ y reviendra plus. La question maintenant c’est comment profiter maintenant en gardant ce que j’ai acquis avant.

French-Sneakerhead : Tu es aussi DJ, je t’avais aperçu au Sneakerness. Tu a déclaré en 2011 dans l’émission de Cauet sur NRJ que l’idée t’es venue de mixer en voyant des gens le faire mais pas bien et en te disant que toi aussi tu pouvais le faire.

Tex Lacroix : J’ai toujours collectionné les disques. Mon père c’est un collectionneur de Jazz, mon parrain travaillait dans les maisons de disques il me ramenait toujours pleins de disques, donc depuis que je suis tout petit j’ai l’habitude de chercher des sons, mais sans être DJ pour autant. Ensuite, par rapport à mon travail dans la musique, je travaillais beaucoup avec les DJ. J’étais un des premiers à envoyer des vinyles strictement hip hop donc j’ai baigné là dedans et j’ai toujours eu beaucoup de respect pour les DJ’s. Au début des années 2000 quand tout le monde et n’importe qui s’est mis à passer des disques parcequ’il était présentateur télé ou acteur ou quoi, je me suis dis « maintenant je vais le faire ». Je savais que ma culture musicale était plus balaise qu’eux. Ayant bosser pendant longtemps et étant toujours aller en club, je sais ce qui fait danser les gens. C’est là que j’ai commencé à le faire. Et vu que je suis pote avec pleins de DJ’s reconnus, au fur et à mesure du temps j’ai appris à le faire correctement.

French Sneakerhead : Max Limol me l’a dit, la culture sneakers c’est un croisement de plusieurs cultures un peu underground. Comment la musique peut elle être rattachée à une basket ?

Tex Lacroix : Pour moi, il n’ y a pas le hip hop, il n’ y a pas la sneakers. Le phénomène sneakers c’est le hip hop qui a amené ça. Les skateurs mettaient des baskets mais ce n’est pas la même approche. Eux c’était pour faire leur sport, il n’y avait pas l’approche du truc clean, nettoyer ses chaussures tout les soirs avec sa brosse à dent, se débrouiller pour que ses bandes match aillent avec les bandes de son survêtement. Ca c’est le hip hop. Dans les années 80, quand le hip hop est arrivé c’était quoi notre seul rapport visuel ? C’était la basket. C’était les pochettes de disques. On n’avait pas internet. On avait pas de magasins qui parlaient de ça. A la télé française bah voila quoi.. Le seul truc c’était les clip et les pochettes de disques où les mecs généralement  portaient les modèles du moment. Il y a une fameuse pochette d’un groupe qui s’appel « Three time dope », elle est sortie en 88, ils ont une Jordan 3 chacun. Chacun une couleur différente. Nous, ça nous traumatisait, on ne savait pas. Maintenant tu sais que le 21 janvier il y a ça qui sort, tu sais que sa ça sort à Hong Kong, ça à Paris. Nous on ne savait pas. Des trucs tu les découvraient ça faisait 15 ans que c’était sorti. C’était ton internet du moment. Tu te disais « Ca c’est quoi ? Oh il y a marqué Flight », t’avais aucune info ! A part quelques chanceux qui avaient choppé un catalogue Nike dans un Sport 2000 ou un truc comme ça. Il n’ y avait pas tout ce qu’il y a maintenant comme supports. On en revient à ta question du début. Si t’étais passionné t’avais rien. Et même en étant passionné; t’avais pas un dixième des infos que tu voulais avoir.

Face arrière de la pochette du vinyl
Face arrière de la pochette du vinyl “Original Stylin'” de Three Time Dope

French-Sneakerhead : Comme tu viens de le dire, dans ce milieu « street » l’apparence est très importante.  A l’époque, aux Etats Unis avoir des paires propres ça montrait une certaine notoriété.

Tex Lacroix : Ca voulait surtout dire que les mecs avaient plusieurs paires, donc de l’argent. La « White on White » Air Force One, elle est kiffée car c’était la paire des mecs qui pesaient dans les quartiers.  Au même titre qu’un moment donné ici ça a été la requin. C’était pas une paire chère par contre, mais c’était la paire qui été dur à trouver et les mecs quand ils la trouvaient, vu qu’elle était pas ressortie tous les ans, quand elle sortait les mecs, qui avaient de la thune, en prennaient 20, 30 paires ! Ils les coffraient du coup c’était pas tout le monde qui pouvait avoir sa « White on white » super niquel, « fresh outta box ». Généralement les mecs qui avaient de la thune à cette époque là c’était des dealers donc voilà, ça montrait une notoriété dans les quartiers.

French-Sneakerhead : En France il y avait déjà des trucs comme ça ?

Tex Lacroix : Il y avait ça mais les mecs qui avaient de la thune ils achetaient des Weston. Je me rappelle de certains mecs avec des Stan Smith quand j’étais petit, ils changeaient de Stan Smith toutes les deux semaines parcequ’ils voulaient la garder niquel. C’était fin des années 70, début des années 80. Tes parents, pour avoir des Stan Smith, il fallait les tanner. Ca coûtait que 200 francs mais t’en avais une jusqu’à la rentrée prochaine. Donc le mec qui se permettait de changer toutes les deux semaines et qui vient d’un quartier ce etait pas ses parents qui lui achetait.

French Sneakerhead : Tu es un grand fan de la Nike Air Force One. Pourquoi ? Qu’est-ce que cette chaussure réprésente pour toi ?

Tex Lacroix : Pour moi elle représente d’une part New York, qui est un peu ma deuxième ville, et un shape (une forme) et un style indémodable. Tu la mets à 20 ans, tu la mets dans 20 ans, t’aura pas l’air d’un con. Déjà t’a trois hauteurs, même si la mid est pas trop kiffée par les mecs de la Air Force. Il n’y a aucun modèle qui a autant de couleurs. Lorsque je suis allé à New York pour les 25 ans, il y avait déjà eu 6000 modèles de Air Force. 8 ans après on en a facile 1000 de plus et pourtant ils n’ont pas cramer la chaussure. Elle a eu des hauts, des bas, des moments où les gens la calculait plus ou moins. Par exemple, la Dunk ils l’ont cramé. Entre une Canvas, une Suede et une Cuire c’est une Air Force mais c’est plus la même chaussure. T’en a qui font hyper sport, t’en a qui font ville. C’est aussi pourquoi j’aime cette chaussure là.

French Sneakerhead : Tu viens de me parler de la Dunk. Tu as la Wu Tang. Encore mieux, tu a le sample. Comment as-tu eu cette paire?

Tex Lacroix : Alors, au départ, j’ai toujours bosser dans la musique, en partie avec les labels indépendants américains. J’ai fais un stage chez Loud Records au début des années 90 grâce à un pote français qui s’appelle Côme. C’est lui qui m’a appris la basket, car lui était à New York. Il bossait chez Loud Records qui avait entre autre signer Mobb Deep, Big Pun, XZbit et pleins d’autres trucs comme ça. C’était  un label qui avait la spécificité d’avoir été monté par un mec qui s’appelle Steve Rifkind et c’est lui qui a conceptualisé le street marketing sous la forme de team par rapport au hip-hop, par rapport au rap. Fin des années 80 aux Etats-Unis il n’y a pas encore de magazine spécialisé hip-hop, y’a pas de rap à la télé, quelques émissions de rap à la radio mais surtout des disques de rap qui sortent. Donc Steve il se dit : « Comment on fait pour promotionner cette musique là sachant qu’on a pas les médias? ». Et bien notre média, ça va être la rue. Les gars qui écoutent du rap leur vie c’est quoi ? La rue, le quartier et le barbershop, qui a un peu le caractère social qu’à le café chez nous, les rues où se trouvent les sneakers shop, les high school et les clubs. Il le fait pour d’autres labels et il voit que ça marche. Il a donc arrêté de le faire pour les autres et a crée son label en utilisant ses méthodes pour promotionner ses artistes. Sa manière de faire la promotion était d’aller dans les quartiers voir les jeunes un peu stylés  à qui il proposait d’aller coller des stickers, donner des cassettes demo au barber shop du coin contre dans l’argent, et la promotion se faisait comme ça. Il avait comme ça des mecs dans le Bronx, à Brooklyn, à Harlem, à Staten Island. Jusqu’à ce qu’à un moment donné, à Staten Island, il signe Wu Tang Clan. Et là, Wu Tang Clan explose, et les marques commencent à venir le voir. Première marque, historiquement, qui vient le voir : Helly Hansen. A l’époque, c’était encore un truc pour suédois qui font du bateau. Il les met sur Method Man et les mecs du Wu Tang, Mobb Deep, etc… Et là d’un coup la marque passe de 500 000 $ par ans aux Etats Unis, à 35 000 000 de dollars. Ca c’est fin des années 90, début des années 2000. A ce moment là, Nike commence à faire des retros. Les première rétros c’est 98-99, avant ça n’existait pas. Nike c’est dit, tient on va aller voir ce gars là, savoir ce qu’on doit ressortir. A ce moment là, les marques ne veulent pas avouer que leur chaussures sont achetées pour faire autre chose que du sport. Steve Rifkind commence à liker des relations avec Nike. Au moment du deuxième album du Wu Tang, ils se disent « Tient, si on faisait une Dunk noir et jaune au couleur du Wu Tang ». C’était pas les collaborations de maintenant où tu retravailles les matières. A l’époque, ça c’était jamais vu. A la limite des special make up pour les athlètes avec leur numéro de joueur sur le talon. C’était pas dingue, juste pour leur faire plaisir. Et là, c’est la première fois qu’il brodait un logo pour quelque chose de non sportif. Pour le coup ça n’a pas été vendu. L’histoire dit qu’il y en a eu 36, je sais pas. C’est un full size run car je connais une fille qui a du 40. Je sais pas si il y une paire pour chaque taille ou plus. Ma paire a beaucoup voyagé. Pour le sample, ils m’ont donné une boite d’ACG retournée avec une étiquette où il est écrit que la paire est utilisée pour des photos et il y a une liste des gens qui se la sont envoyée.

Nike Dunk Wu TANG
Nike Dunk Wu TANG

Suite à venir.

Remerciement à Tex Lacroix pour son temps et sa gentillesse.